Robert Mc Cabe un « résistant du coeur»
admin | 21 janvier 2009par Thibault Walthert
Rares sont les personnes qui parviennent à émouvoir. Robert McCabe y parvient immédiatement. Un simple regard sur ses photos suffit à percer nos cœurs de spectateurs généralement trop indifférents. A peine a-t-on découvert ses photographies que l’on a l’impression de partir pour un voyage nostalgique et émouvant dans les méandres de nos propres souvenirs. Pas d’artifice dans ses clichés, McCabe se concentre sur des êtres pris au hasard mais en restitue toujours une humanité. Une forme de bonté que l’on a de plus en plus tendance à perdre de vue. McCabe fait partie des ces « résistants du cœur » qui nous frappent par la générosité et l’acuité de leurs pensées. En France, Robert McCabe est pratiquement inconnu. Pourtant ce photographe américain né à Chicago en 1934 doit absolument être découvert par les amateurs de photos et par tous les amateurs d’art avec un grand « A ».
Sa série de photographies sur la Grèce des années 50 est marquante car le visage du pays n’est évidemment plus le même aujourd’hui. Loin de céder à un sentimentalisme de pacotille, ou pire à une pensée écolo navrante de conformisme, on constate malgré tout que les paysages côtiers ont aujourd’hui perdu le caractère virginal qu’ils possédaient il y a un demi siècle (cf Du site de l’ancienne Théra,1961). Ces images nous fascinent car elles portent en elles la marque d’une époque éloignée et révolue. Pourtant, soixante ans, même si cela équivaut à une vie d’homme, ce n’est rien à l’échelle de l’histoire ! En fait, la majeure partie de ces photographies portent en elles la marque du temps. Bien sûr, les clichés restent des instantanés, des moments figés à tout jamais… Pourtant, on ressent comme une souffrance, une déchirure à l’intérieur de nous car on se retrouve saisi par le sentiment de la durée. Comme dirait Gaspard Noé dans son film Irréversible, « le temps détruit tout » ! L’œuvre de McCabe ne fait que nous rappeler l’évidence d’un monde emporté dans une temporalité plus proche de celle perçue par Héraclite que de celle de Parménide… Pour preuve, les deux photographies de McCabe intitulées « les trois jeune compagnes ». Ici, le photographe réalise la performance de prendre le même cliché des mêmes personnes à 50 ans d’écart ! En effet, en 1961, McCabe, prend un cliché de trois petites filles qui se tiennent unies par les coudes et qui s’en vont joyeuses et innocentes sur un chemin en pierre. En 2008, on retrouve les trois amies dans une composition identique. Mais les années ont filé, les traits sont dures et les expressions des visages ont perdu de leur innocence passée. Les ravages du temps… Encore ! Mais ce qui est magistral chez McCabe, provient de la chaleur humaine qui émane de ses clichés. Il s’attarde toujours sur des petits détails : des hommes à la terrasse d’un café, des enfants jouant dans la rue, des musiciens et des danseurs à une fête. On dirait qu’à force de photographier des paysages grandioses mais d’une froideur minérale, McCabe prend goût à s’en rendre ivre, des clichés se focalisant sur l’humain. D’une certaine manière, on peut donc dire de Robert McCabe qu’il refuse l’indifférence par la photographie. Sauf pour des cas rares et isolés, on trouve inévitablement une présence humaine dans ses clichés. Chez McCabe, la chaleur, et le sentiment fort d’un bonheur possible bien qu’éphémère, ne viennent pas de l’environnement, mais de l’autre.
Selon Gabriel Bauret, « Robert McCabe fait remonter à la surface une époque, mais il touche aussi à la contemplation d’une réalité intemporelle ». Là est la marque du grand artiste. Donner à contempler ! Car c’est projeter l’esprit au-delà de la vie et au-delà du temps, et en d’autres termes, toucher à l’effroi de l’éternité.
McCabe vient de publier « Grèce, les années d’innocence » aux éditions Filigranes. Je ne saurai trop vous conseiller d’y jeter un coup d’œil…
Post-Scriptum :
Bibliographie
- Bauret Gabriel, « La photographie enchantée », article en ligne sur le site de Robert McCabe, (pont).
- McCabe Robert A., 2008, Grèce : Les années d’innocence 1954-1965, Filigranes Editions, 72 p.















